
Logo et daltonisme : quand vos deux couleurs n’en font qu’une
Vous avez choisi deux couleurs. Un vert profond et un bordeaux, par exemple, ou un bleu et un violet. Elles se distinguent parfaitement sur votre écran, elles s’opposent, et c’est précisément cette opposition qui fait tenir le logo.
À retenir
- Décidez d’abord qu’un élément sera sombre et l’autre clair, puis choisissez les teintes : c’est l’écart de valeur qui compte.
- Le rouge et le vert restent permis dans un logo si leur clarté diffère nettement, comme un rouge sombre et un vert très clair.
- Passez votre logo en niveaux de gris même sans rouge ni vert, car le bleu et le violet sont eux aussi souvent confondus.
Pour une partie de vos clients, ces deux couleurs sont la même.
Ce n’est pas une question de goût ni de qualité d’écran. C’est une caractéristique de la vision humaine qui touche une proportion de la population que la plupart des entreprises n’imaginent pas. Selon l’organisme britannique <a href= »https://www.colourblindawareness.org/ »>Colour Blind Awareness</a>, environ 1 homme sur 12 est concerné, soit près de 8 %, contre 1 femme sur 200, pour un total estimé à quelque 300 millions de personnes dans le monde.
Cet article explique ce qui se passe réellement, pourquoi le problème n’est presque jamais celui qu’on croit, et comment le vérifier sur votre propre logo en 30 secondes.
Trois sujets voisins sont déjà traités sur ce site et ne sont pas repris ici. Le choix des couleurs de marque, ce qu’elles évoquent et la façon dont elles se combinent avec la typographie sont traités dans l’importance des couleurs dans les marques et dans les pièges à éviter avec les couleurs et les polices. La version monochrome de votre logo, en tant que livrable à produire et à conserver, est traitée dans les logos monochromes ; ici, le noir et blanc n’est pas un livrable, c’est un instrument de diagnostic. Enfin, cet article ne porte pas sur l’accessibilité d’un site web, ni sur les seuils de contraste applicables à du texte courant. Il porte sur une seule chose : la distinction entre deux zones colorées à l’intérieur d’une même marque.
Que voit réellement une personne daltonienne face à un logo ?
La représentation courante est fausse et elle empêche de comprendre le problème. On imagine que la personne concernée voit en noir et blanc, ou qu’elle confond uniquement le rouge et le vert entre eux.
La réalité est plus large. Colour Blind Awareness précise que la forme la plus répandue, dite rouge-vert, entraîne une confusion entre toutes les couleurs qui contiennent une part de rouge ou de vert dans leur composition. L’exemple donné est frappant : le bleu et le violet sont couramment confondus, parce que la part de rouge qui distingue le violet du bleu n’est pas perçue.
Cela élargit beaucoup la portée du problème. Les paires réellement à risque sont beaucoup plus nombreuses que le couple rouge et vert : bleu et violet, orange et vert, rose et gris, brun et vert foncé, turquoise et gris.
L’organisme distingue par ailleurs plusieurs formes, dont la protanopie, la deutéranopie et la tritanopie, qui ne déplacent pas les confusions aux mêmes endroits. Une marque ne peut donc pas être ajustée pour une forme en particulier. Ce qu’elle peut faire, c’est cesser de dépendre de la teinte.
Le vrai problème n’est pas la couleur, c’est la valeur
Voici le point qui règle l’essentiel de la question, et il tient en une phrase.
Deux couleurs se distinguent par deux choses indépendantes : leur teinte, c’est-à-dire ce qu’on nomme quand on dit vert ou bordeaux, et leur valeur, c’est-à-dire leur clarté, du plus sombre au plus clair.
La perception de la teinte varie d’une personne à l’autre. La perception de la valeur, elle, est beaucoup plus stable.
Un logo dont les deux couleurs ont une teinte très différente mais une valeur presque identique repose donc entièrement sur la partie fragile du signal. C’est exactement le cas du vert profond et du bordeaux : ils s’opposent violemment en teinte et se ressemblent beaucoup en clarté. Retirez la teinte et il ne reste qu’un aplat uniforme.
À l’inverse, un logo dont les deux couleurs ont des valeurs franchement écartées, par exemple un bleu très sombre et un ocre clair, reste lisible pour tout le monde, y compris en photocopie, en gravure, en broderie et sur un écran mal calibré. C’est la même propriété qui règle plusieurs problèmes à la fois.
Comment tester la lisibilité d’un logo en 30 secondes ?
Il ne faut ni logiciel spécialisé, ni simulateur, ni expertise.
Ouvrez votre logo et retirez-en la saturation, c’est-à-dire convertissez-le en niveaux de gris. La plupart des visionneuses d’images, des logiciels de présentation et des outils de retouche en ligne le font en un clic.
Regardez ensuite le résultat et posez une seule question : les éléments qui devaient se distinguer se distinguent-ils encore.
Si votre symbole se détache toujours du fond, si le lettrage reste lisible, si les deux moitiés du monogramme ne se sont pas fondues en une seule tache, votre logo tient. Si tout s’aplatit en un gris uniforme, la couleur était le seul élément qui faisait le travail, et une partie de votre public ne le reçoit pas.
Ce test ne simule pas la vision d’une personne concernée, et il ne faut pas le présenter comme tel. Il fait autre chose, de plus utile : il mesure la part de votre logo qui repose sur la teinte seule. Une marque qui survit à la désaturation survit à peu près à tout le reste.
Quatre décisions de conception qui en découlent
Écarter les valeurs avant de choisir les teintes. L’ordre habituel est inversé : on choisit deux couleurs qui plaisent, puis on constate qu’elles se ressemblent en clarté. En décidant d’abord qu’un élément sera sombre et l’autre clair, vous conservez ensuite une liberté complète sur les teintes, sans jamais retomber sur le problème.
Ne jamais confier une information à la couleur seule. Si deux parties de votre marque doivent être distinguées, par exemple deux divisions ou deux gammes, la couleur peut porter la distinction mais elle ne doit pas la porter seule. Une différence de forme, d’épaisseur de trait, de position ou de libellé doit doubler l’information.
Séparer les zones par un contour ou un espace. Deux aplats de valeur voisine posés bord à bord se fondent. Les mêmes aplats séparés par un mince filet clair, par un espace ou par un léger décalage restent deux formes distinctes, quelle que soit la perception des teintes. C’est une correction peu coûteuse qui n’altère presque pas l’apparence du logo.
Tester sur le support le plus contraignant, pas sur l’écran. L’écran est le contexte le plus favorable qui soit. Le même logo apposé sur une enseigne à contre-jour, brodé sur du tissu foncé ou imprimé sur un fond de couleur perd encore de la distinction. Si le test de désaturation passe de justesse, il ne passera pas ailleurs.
Ces 4 décisions se prennent au moment où le logo n’existe encore qu’en fichier. C’est la raison pour laquelle il vaut mieux faire concevoir un logo qui tient sans sa couleur dès le départ que de corriger une palette déjà déployée.
Un logo qui tient sans sa couleur
Nous concevons des logos dont la lisibilité repose sur la forme et la valeur avant la teinte. Le résultat reste reconnaissable en niveaux de gris, en gravure, en broderie et sur n’importe quel écran.
Quelles sont les 3 erreurs les plus fréquentes avec le daltonisme et les logos ?
Trois erreurs reviennent sans cesse : ajouter une version dédiée, confondre le daltonisme avec la psychologie des couleurs, et corriger la palette seulement après le déploiement. Chacune coûte cher et se prévient facilement en amont.
Croire que le problème se règle en ajoutant une version. Produire une variante spécialement destinée aux personnes concernées n’a aucun sens, puisque vous ne savez pas qui regarde. Le logo affiché doit fonctionner pour tout le monde. C’est aussi la raison pour laquelle la version monochrome est un livrable utile pour d’autres raisons, mais pas une réponse à cette question-ci.
Confondre le problème avec la psychologie des couleurs. Le choix d’un bleu pour inspirer la confiance ou d’un vert pour évoquer la nature relève d’une autre discussion, traitée dans la psychologie des couleurs dans la conception de logos. Vous pouvez garder exactement les teintes que vous vouliez. Ce qui doit changer, c’est l’écart de clarté entre elles.
Découvrir la question après le déploiement. Corriger la valeur d’une couleur une fois que l’enseigne est posée, les véhicules habillés et les uniformes brodés coûte infiniment plus cher que d’y penser au moment où le logo n’existe encore qu’en fichier. C’est la seule raison pour laquelle ce point mérite d’être réglé au départ plutôt que traité comme un détail, et c’est un des contrôles que nous intégrons systématiquement à notre conception de logo.
Quels points vérifier avant de valider la palette d’un logo ?
Avant de valider une palette, vérifiez 5 points : l’écart de clarté entre les couleurs, la confusion possible au-delà du rouge et du vert, le résultat du test de désaturation, la présence d’un repère autre que la couleur, et la tenue sur un support physique.
- Environ 1 homme sur 12 et 1 femme sur 200 sont concernés, selon Colour Blind Awareness.
- La confusion ne se limite pas au rouge et au vert : le bleu et le violet en font partie, comme toute paire dont les couleurs contiennent une part de rouge ou de vert.
- Deux couleurs se distinguent par la teinte et par la valeur. Seule la valeur est perçue de façon stable par tout le monde.
- Le test : désaturez votre logo et vérifiez que ce qui devait se distinguer se distingue encore, en 30 secondes.
- Décidez de l’écart de clarté avant de choisir les teintes, pas après.
- Ne laissez jamais la couleur porter seule une information : doublez-la par la forme, la position ou le mot.
- Un logo qui survit à la désaturation survit aussi à la photocopie, à la gravure, à la broderie et au mauvais écran.
Comment savoir si un logo fonctionne pour les personnes daltoniennes ?
Faut-il éviter le rouge et le vert dans un logo ?
Non, et c’est le malentendu le plus courant. Vous pouvez utiliser les deux, y compris ensemble, à condition que leur clarté diffère nettement. Un rouge sombre et un vert très clair se distinguent pour tout le monde. C’est l’usage d’un rouge et d’un vert de valeur équivalente, posés côte à côte, qui pose problème. La règle porte sur l’écart de clarté, pas sur l’interdiction d’une teinte.
Mon logo n’utilise ni rouge ni vert, suis-je à l’abri ?
Pas nécessairement. Colour Blind Awareness indique que la forme la plus répandue entraîne une confusion entre toutes les couleurs qui contiennent une part de rouge ou de vert dans leur composition, et donne l’exemple du bleu et du violet, couramment confondus. Comme la plupart des couleurs composées contiennent une part de l’une ou de l’autre, le test de désaturation reste pertinent quelle que soit votre palette.
Le test en niveaux de gris remplace-t-il un simulateur ?
Non, et il ne prétend pas le faire. Un simulateur tente de reproduire une perception. La désaturation mesure autre chose, à savoir la part de votre logo qui dépend uniquement de la teinte. C’est plus directement utile en conception, parce que cela vous dit quoi corriger.
Faut-il refaire un logo existant qui échoue au test ?
Rarement en entier. Dans la majorité des cas, la correction consiste à foncer ou à éclaircir l’une des deux couleurs sans changer sa teinte, ou à ajouter un mince filet de séparation entre deux zones. La marque reste reconnaissable et le problème disparaît. Une refonte complète ne se justifie que si la distinction repose sur autre chose que la couleur et échoue aussi.
Cette question concerne-t-elle aussi les couleurs d’un site ou d’un document ?
Le principe est le même partout, mais cet article traite le logo. Pour un site, un formulaire ou un graphique, la règle la plus utile reste de ne jamais confier une information à la couleur seule, par exemple un état signalé uniquement par un point vert ou rouge, sans mot ni forme pour le doubler.
Comment savoir si ma clientèle est concernée ?
Vous ne pouvez pas le savoir, et c’est précisément l’argument. Aucune entreprise ne connaît la vision de ses visiteurs, et personne ne signale spontanément qu’il ne distingue pas deux zones d’un logo. Le seul choix disponible est de concevoir de façon à ce que la question ne se pose pas.
